Et le café fut…

Qu’est-ce qui a bien pu nous prendre, un beau jour, de lancer une revue de littérature traduite très très étrangère ? Comment avons-nous pu arriver à nous réunir, traducteurs et traductrices de langues oubliées, pour exhumer des textes étrangers et les rassembler dans un ouvrage ? Était-ce la bière ce soir-là qui faisait monter à nos têtes des idées audacieuses ? Le fourmillement culturel du salon de la revue que nous venions juste de quitter ? Ou l’apogée d’une pensée qui cheminait depuis des mois déjà et s’imposait à nous au moment où nos verres s’entrechoquaient : puisque nous étions plusieurs et que nous voulions la même chose, pourquoi ne pas le faire ensemble ?

Toutes et tous formés à l’Inalco et à ses langues « orientales » même quand elle sont parlées au sud ou à l’ouest, nous avons fréquenté ces textes peu lus en France, peu édités, peu traduits. Nous voulions faire connaître des littératures dont la valeur n’est pas d’être exotiques mais d’être autres et de dire quelque chose sur des espaces trop méconnus. Et tout en mettant en lumière ces textes étrangers, nous voulions aussi rappeler aux lecteurs ce qu’ils doivent aux traducteurs.

Tous à nos textes et au travail ! Il est temps de créer la revue CAFÉ, une Collecte, car le traducteur est aussi un farfouilleur, mais Aléatoire, car nous n’avons encore aucune idée du rythme de parution et ne voulons rien nous imposer, de Fragments, il fallait bien une lettre F, Étrangers, c’est tout de même l’objet de cet objet. Traduire, certes, c’était ce que nous voulions faire, mais aussi ce que nous savions le mieux faire, éditer… C’était un métier à apprendre, collectivement, dans une organisation que nous avons cherché à rendre horizontale et à force de taper du poing sur la table, de confronter nos différends et d’approcher nos différences, nous sommes parvenus à boucler le premier numéro de cette revue consacré aux Futurs. Plus nombreux, plus expérimentés aussi, nous travaillons au deuxième numéro sur le Silence et continuons d’apprendre à traduire, éditer et travailler ensemble. L’expérience accumulée nous permet aujourd’hui de déjà penser au troisième numéro sans risque de faire Naufrage.